Dans un conte à portée anthropologique intitulé « le vin herbé » (repris dans Le Corbeau rouge, éditions Max Chaleil, 1997) l’écrivain languedocien Max Rouquette célèbre la puissance dionysiaque de l’ étrange liqueur capable d’allier l’Eros de la nature à l’ivresse du langage, mais aussi les noces d’Eros avec Thanatos. Poursuivant une longue tradition depuis Baudelaire et Rimbaud notamment, le vin s’invite aux XXe et XXIe siècles à la table d’écriture et de cuisine des plus grands auteurs (Colette en sa treille Muscate, Delteil pour sa Cuisine Paléolithique et sa Deltheillerie, Ramuz fils de vigneron en son canton valaisan, Marie Rouanet dans Traité de cuisine amoureuse, le napolitain Erri de Luca dans Récits de saveurs familières en 2022).
Un lien parfois tourmenté mais indissociable d’un transport créateur qui interroge nos abîmes et angoisses les plus profondes (Marguerite Duras, Antoine Blondin) en distillant un alcool fort, dont l « âme » résiduelle se dépose dans leurs livres, leurs chroniques et leurs poèmes. Une « âme du vin » qu’avec Baudelaire (« Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles »), cette conférence se propose d’explorer pour la période moderne et contemporaine.